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Julien Tiberi

SAMEDI, c'est GALERIES #18

Saturday, 16 July 2011 13:56 Published in Blog

C'est l'avant-dernier rendez-vous de SAMEDI, c'est GALERIES et comme c'est la saison des présentations de groupes, dont je vous avait proposé un panorama la semaine dernière (http://www.backslashgallery.com/blog/item/99-samedi-cest-galeries-#17.html), j'avais envie d'enfoncer le clou sur ces expositions que l'on qualifie un peu trop vite souvent de "fourre-tout" et vous proposer un regard croisé sur deux expositions sur le paysage : "Paysage", tout simplement, à la galerie Alain Gutharc et "L'avenir du paysage" à la galerie Sémiose. Je trouvais la coïncidence amusante et parfois il suffit d'un prétexte un peu futile comme excuse à la découverte…

 



La galerie Gutharc, très inspirée je trouve dans les expositions de groupe de manière générale, propose un bel accrochage d'artistes de la galerie (Véronique Ellena, Guillaume Janot, Charles Lopez et Marlène Moquet) et de deux nouveaux venus : Guillaume Linard-Osorio et Vincent J. Stocker, qui aura l'honneur de commencer la prochaine saison puisque la galerie lui consacre, avec raison, une exposition personnelle en septembre.

L'exposition est donc axée autour du genre ancestral qu'est celui du paysage, genre qui a subit bien des aléas et des remises en question depuis l'Antiquité et qui a aussi donné son nom à un format de toile "dont la hauteur est, en gros, d’un tiers inférieure à la longueur." Le communiqué nous rappelle brièvement le destin du paysage comme genre jusqu'à son émancipation de la représentation objective vers le reflet de l’univers mental de l’artiste. Et la galerie nous offre à voir un ensemble de travaux qui donnent tous leur propre interprétation du genre.


On est d'emblée face à une peinture de grand format de Marlène Mocquet, que l'on ne présente plus, dont le choix apparait relativement évident par rapport au thème de l'exposition, puisqu'elle projette littéralement son esprit sur la toile, si je peux me permettre ce raccourci. J'ai d'ailleurs vu sur le site de la galerie que l'artiste, dont l'oeuvre troublante oscille entre le beau et le laid, a justement fait une peinture qui s'appelle "Mordre le paysage".
Comme un clin d'oeil à la pièce de Guillaume Linard-Osorio un peu plus loin, l'oeuvre s'appelle "Les noeuds du bois".



Guillaume Linard-Osorio, dont l'exposition personnelle chez Magda Danysz en 2008 avait l'air aussi captivante que culottée, et que j'avais remarqué dans l'exposition "Outre Forêt" de Joël Riff au 6b (j'avais beaucoup aimé ces feuilles recouvertes de boîtes de pastels : http://www.backslashgallery.com/blog/item/68-outre-foret.html).
Sont montrées deux planches de contreplaqué tout à fait standard dans lesquelles sont incrustées de tranches de silice d'un bois de plus de 70 millions d'années. Le contraste est saisissant, l'objet est intéressant. "Contreplaqué fossile" fait s'opposer un bois issu d'une transformation mécanique rapide et un bois issu d'une transformation naturelle extrêmement lente.


De part et d'autre, deux photographies. A gauche, une oeuvre de Véronique Ellena dont la photographie sophistiquée et précise s'intéresse aux paysages dans une série commencée en 2005. A découvrir en dehors de l'exposition, ses natures mortes dont l'univers évoque la peinture ancienne.



Et à droite, une oeuvre du très bon artiste Guillaume Janot que je connaissais trop peu alors qu'il a bénéficié d'une exposition personnelle à la galerie l'année dernière et à la Fondation Ricard en 2009. On découvre la photographie d'une montagne majestueuse, avant de comprendre qu'il s'agit du rocher du zoo de Vincennes, que vous connaissez, j'en suis sûre. L'oeuvre est tout à fait caractéristique du travail de cet artiste qui s'amuse beaucoup semble-t-il à jouer avec les échelles et à nous balader entre images de rêve et monde du factice, de l'illusoire, ce monde de parc d'attraction et de carton pâte si superficiel et pourtant faisant complètement partie de l'imagerie contemporaine.



Deux très belles oeuvres clôturent l'exposition avec maestria : "kamiyama" de Charles Lopez, une structure en polystyrène et photocopie qui reproduit une chaîne de montagnes avec beaucoup d'humour et une facilité qui n'est qu'apparente, et une très belle photographie de Vincent J. Stocker dont le format et la précision sont bluffantes. Le propos de cet autodidacte n'en est pas point intéressant dans sa réflexion sur le lieu et le non-lieu, ces espaces vacants, friches industrielles ou hôpitaux désaffectés qui sont si présents dans la ville et dont le spectacle de la ruine que tente de capturer l'artiste nous parle finalement de notre Histoire, de ses crises, des changements successifs et bien sûr d'une immense fragilité.





Charles Lopez bénéficiera également d'une exposition personnelle à la galerie en 2012, pour le plus grand bonheur des amateurs, qui avaient pu remarquer l'oeuvre en néon "D'ailleurs on ne bluffe pas avec un soleil" dans une précédente exposition collective à la galerie, "Comment dire" en mars dernier et que j'avais beaucoup aimée.




“Paysages”
Véronique Ellena , Guillaume Janot , Guillaume Linard-Osorio , Charles Lopez , Marlène Mocquet , Vincent J. Stoker
jusqu'au 23 juillet 2011

Galerie Alain Gutharc
7 rue Saint-Claude
du mardi au samedi 11h - 19h
http://www.alaingutharc.com/

 

 

Surprise! une autre galerie consacre actuellement une exposition sur le paysage! Eric Mircher présente un nouvel accrochage de "Tragique du paysage" que je n'ai malheureusement pu visiter, étant trop matinale.



Tragique du paysage
jusqu'au 30 juillet

Galerie Eric Mircher
26 rue Saint Claude
du mardi au samedi 12h-18h

 

 

 

A la galerie Sémiose, rue Chapon, Amélie Bertrand, à l'affiche de l'exposition "L'avenir du paysage", ouvre l'accrochage avec une très grande peinture colorée qui prend comme prétexte un château fort pour nous parler avec une certaine radicalité du vrai sujet qui l'intéresse : la peinture. Très jeune artiste (elle est née en 1985), découverte au Salon de Montrouge en 2009, Amélie Bertrand représente des paysages très définis et faciles à reconnaître malgré leur étrangeté et qui peuvent être assimilés à des friches industrielles ou a des espaces urbains marginalisés, qu'elle évide méticuleusement de leur contexte pour qu'ils ne deviennent qu'un simple référent.






L'exposition présente également plusieurs oeuvres de Piero Gilardi, artiste né en 1942 (et qui a quand même exposé, entre autres chez Ileana Sonnabend dans les années 60 et chez Sperone Westwater, ainsi que dans de nombreuses institutions!), dont deux sculptures imposantes et des dessins étonnants, que j'ai trouvés très beaux. Dans les deux, l'artiste poursuit son corps à corps avec une nature (très) artificielle, au fini parfait et aux couleurs acidulées.



Evidemment, il ne faut pas manquer Laurent Le Deunff, dont on entend beaucoup parler. Il est rare d'aimer chaque nouvelle oeuvre d'un artiste. C'est mon cas avec Le Deunff. Je l'ai adoré à Dynasty. L'éléphant . Le crâne. Les oeuvres présentées à la galerie sont superbes, particulièrement cet os en plâtre.

On découvre également quelques oeuvres de Taroop & Glabel, dont la radicalité salvatrice du propos s'exprime sur de nombreux supports et via de multiples expressions. Je n'ai pas noté qui était l'auteur de ce grand panneau disant "L'avenir du paysage : un parc d'attraction bâti sur un charnier" que je trouve fantastique.


Sont présentées également les oeuvres de Julien Tiberi, représenté précédemment par RLBQ et La Blanchisserie, qui a bénéficié en mai dernier d'une exposition personnelle au Palais de Tokyo, dans un des modules et dont le style très passéiste est passionnant. D'ailleurs, il faut saluer l'univers très personnel, hors de toute mode, de celui-ci mais aussi de Guillaume Dégé et d'André Raffray.


Né en 1967, Guillaume Dégé serait donc un artiste contemporain. Pourtant, loin d'être un témoin de son époque, il a préféré s'en imaginer un tout autre, une sorte d'univers utopique qu'il lui convient mieux et dont il serait le héros, qu'il représente dans des dessins précis et étranges aux couleurs souvent étonnantes.


J'avoue avoir adoré l'oeuvre d'André Raffray présentée à l'entrée. Je ne connaissais pas ce contemporain de Duchamp, grand admirateur de ce dernier. André Raffay est connu pour "recommencer" les tableaux de maîtres qu'il admire, en se rendant sur place et en les traduisant de nouveau d'abord à la peinture à l'huile puis au crayon de couleur. Cette démarche de reproduction est vraiment passionnante et le résultat très beau.









L'avenir du paysage
Amélie Bertrand, Guillaume Dégé, Piero Gilardi,  Jacques Julien, Laurent Le Deunff, Robert Morris, André Raffray, Taroop & Glabel et Julien Tiberi
jusqu'au 30 juillet

Galerie Sémiose
54 rue Chapon
mardi - samedi 11h - 19h
http://www.semiose.com/

SAMEDI, c’est GALERIES #31

Friday, 13 January 2012 20:52 Published in Blog

Le blog de BACKSLASH sort enfin de sa léthargie, après la traditionnelle (petite) pause de Noël et un vernissage intense!
BACKSLASH vous promet cette année encore beaucoup d'expositions de qualité, d'artistes à découvrir et, bien sûr, chaque semaine des articles sur l'actualité du monde de l'art.

Pour inaugurer cette année 2012, voici donc de nouveau le désormais incontournable SAMEDI, c'est GALERIES! L'idée de ce rendez-vous est parti d'une frustration que les galeristes curieux connaissent bien : comment continuer à aller découvrir les galeries et ce qu'elles proposent quand son propre emploi du temps est le même? A BACKSLASH, nous avons trouvé une solution : se faire plaisir d'abord, rester attentif, tout en en faisant profiter le plus grand nombre. (J'en profite aussi pour remercier par la même occasion mes associés, qui me laissent vagabonder tranquillement.)
SAMEDI, c'est GALERIES est forcément subjectif et très didactique. Il est à l'origine de beaucoup de belles rencontres. J'espère que vous resterez nombreux à nous suivre!


Je ne suis pas allée très loin aujourd'hui : la pétillante rue Chapon a suffit à satisfaire mon appétit de découvertes. Nombreuses sont les galeries qui ont vernies, comme nous, samedi dernier. Nombreuses sont celles qui sont à visiter régulièrement.


Pour commencer, le versant Est de la rue, au numéro 13, avec la hautement sympathique galerie Isabelle Gounod, qui jouxte celle de Claudine Papillon. Elle propose une excellente exposition de Claire Tabouret qui se nomme "L'île" et qui englobe autant les idées de l'exil et de l'isolement que celles de la traversée et de l'aventure. Les grandes ou les petites toiles donnent en effet immédiatement une double impression saisissante : elles ont une dimension universelle et sont en même temps tellement actuelles. Entre chien et loup, pour reprendre l'expression de l'artiste, reprise par Claire Taillandier qui a écrit le communiqué, les œuvres de Claire Tabouret sont inquiétantes et sombres mais emplies de sérénité, quelque part entre le sujet intemporel du radeau de la méduse et l'espoir des peuples migrants d'aujourd'hui entassés dans de petites embarcations en route vers un monde "meilleur"…

Avant de laisser la place aux images, je vous laisse lire les propres mots de l'artiste :

"L’île tout comme la peinture est un endroit de solitude.

Un espace délimité qui, de par sa contrainte même, rend la liberté possible.


Des images attrapées à la volée sur internet, dans les journaux télévisés, sont le point de départ de mes tableaux. La peinture me permet de resserrer ce que ces flux d’images dispersent. 

Peindre une de ces visions c’est pour moi presser l’image, l’essorer, j’essaye d’en extraire une lumière interne, un indice ténu. Il me faut parfois peindre plusieurs tableaux pour épuiser une image. De là viennent les séries.
Je me suis toujours intéressée aux personnages et situations qui ne rentrent pas dans des cases. À la difficulté à dire d’où l’on vient, ce que l’on est. Entre un pays et un autre, entre féminin et masculin, entre chien et loup.
Mes peintures s’installent à jamais dans ces moments de bascule, d'ambiguïté.


Il s’agit de resserrer mon attention sur l’oscillation entre la puissance narrative de ces images et la réalité de la peinture. Comme un funambule sur son fil, j’essaye de trouver un équilibre délicat. Une position à réajuster sans cesse.

"

Claire Tabouret, Marseille. Avril 2011





















Claire Tabouret
L'ÎLE
jusqu'au 18 février

Galerie Isabelle Gounod
13 rue Chapon
mardi - samedi, 11h - 19h
http://www.galerie-gounod.com






L'exposition de Didier Trenet, "Championne de descente", chez Claudine et Marion Papillon nous accueille en effet avec un air de triomphe, un immense V de la victoire version vanille chocolat. Plus loin, un dessin serti d'éclats de verre. Encore après, des verges dans un sous-bois. Les œuvres rassemblées ici, si elles ont plus ou moins retenues mon attention, témoignent toutes d'un équilibre entre maîtrise technique et art de la plaisanterie. Un positionnement salutaire tant le cynisme a de plus en plus tendance à remplacer cette idée de la plaisanterie, franche et intelligente, cocasse et qui fait sourire intelligemment sans arrières pensées.



















Didier Trenet
Championne de descente
jusqu'au 20 janvier et du 25 janvier au 25 février

Galerie Claudine Papillon
13 rue Chapon
http://www.claudinepapillon.com/
mardi - samedi, 11h - 19h





La tête ailleurs, je traverse de nouveau la rue Beaubourg, direction le versant Ouest de la rue Chapon. La première galerie sur ma route est la galerie Eva Hober, avec une exposition de Damien Cadio qui m'avait été fortement recommandée par un autre artiste, d'ailleurs grand collectionneur du premier.
J'avoue que dès le départ, avec les deux grands formats dans l'entrée, l'un présentant un homme en combinaison de plongée et l'autre deux escargots s'enlaçant, avec leur bave (?) comme point d'orgue, j'ai été vraiment charmée. Mon amour des escargots mis à part, on se laisse facilement emmener dans l'univers de ces grands formats sombres. Dans la salle principale, un grand tableau vraiment intrigant, qui m'a fait penser à une scène de film, fait face à une multitude de petits formats, "non spectaculaires", envers lesquels, nous dit le communiqué de presse, l'artiste a une préférence. Ils n'en sont pas moins forts pour autant ici. Autant de scènes étranges, dont on peut partir pour se raconter une histoire, se succèdent pour la plus grande joie du visiteur.






















DAMIEN CADIO
TUPELO
jusqu'au 11 février

GALERIE EVA HOBER
35-37 rue Chapon
mardi-samedi, 11H-19H
http://www.evahober.com/






En face, on m'a beaucoup parlé aussi de l'exposition de Julien Tiberi organisée par la galerie Sémiose. Marc Bembekoff, commissaire du Palais de Tokyo, en a écrit le communiqué (l'artiste y a présenté son travail l'année dernière). Deux séries distinctes y sont présentées, de part et d'autre de l'espace. A gauche, l'artiste mêle avec habileté et humour sujets contemporains et esthétique de la caricature du XIXe dans la série "Riristi.mes Unlimited (A Constructed World)". A droite, toujours dans une esthétique XIXe, la série "Le Salon" (2007-2011) évoque tour à tour une foire du Concours Lépine de l'époque, avec "lampes à huile et autres prototypes de lampes électriques d’Edison", et une sorte d'exposition caricaturale des ancêtres du néon, dont le parallèle avec notre monde contemporain laisse songeur...
Suit ensuite une série de miroirs, qui m'ont laissé plus perplexe.
De magnifiques tableaux viennent également ponctuer l'espace. Somptueux. Initiées en 2007, ces œuvres font partie de la série "El astro de la suera" et montrent des vues nocturnes de la frontière américano-mexicaine près de Tijuana. Outre leur sujet, aux nombreuses références, très contemporain, la technique (un grattage de la couche de peinture noire mate recouvrant une plaque d’Isoler) permet une suggestion du sujet grâce à des noirs mats où l'on se perd...




























Julien Tiberi
jusqu'au 11 février

Semiose
54 rue Chapon
mardi-samedi, 11H-19H
http://www.semiose.fr/





Je file ensuite découvrir une exposition toute en poésie et en recherche formelle chez Zürcher : "Renaissance", de Wang Keping. Un des fondateurs du premier groupe d’artistes chinois non-officiels, Xing Xing, à la fin des années 1970, dont a fait parti Ai Wei Wei, l'artiste est déjà bien identifié. Après des œuvres plus politiques dans les années 80, son travail s'est développé de manière plus formelle. Sont présentées ici des sculptures en bois, patinée au feu, imposantes par leur taille, que vous avez peut-être eu l'occasion de découvrir, notamment au Musée Cernuschi l'année dernière. Le bois y est travaillé en respect avec la matière brute, en accompagnant les formes naturelles du bois, et dans une simplicité qui sublime le corps féminin.




















WANG Keping
Renaissance
jusqu'au 29 février

ZÜRCHER
56, rue Chapon

mardi-samedi / 12h - 19h
http://www.galeriezurcher.com






Je finis par la jeune galerie ALB tenue par Anouk Le Bourdiec qui présente sa quatrième exposition. Accueillie avec beaucoup de bonne humeur, je découvre les œuvres toute en finesse de Jean-Baptiste Perrot dont le travail joue sur les interstices, les trames et les enjeux de la représentation. L'illusion de la réalité et de ce que l'on perçoit est au cœur tant du sujet, entre abstraction et figuration, sorte d'images hypnotiques de ce qu'on devine être des architectures (ou bien est-ce des maquettes?), que de la technique : impression, gravure, dessin? Une réflexion sur le flou et le grésillement hautement menée.
A noter que la galerie, avec quelques "galeries amies", a initié un petit parcours de jeunes galeries du quartier. Des découvertes à venir!












Jean-Baptiste Perrot
Schéma directeur
jusqu'au 21 février

Galerie ALB ANOUKLEBOURDIEC
64 rue Chapon
mar - dim : 11:00 - 20:00



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