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January 2012

SAMEDI, c’est GALERIES #32

Friday, 27 January 2012 16:51 Published in Blog

Cette semaine, une fois n'est pas coutume, un petit parcours thématique.

Je ne pouvais décemment pas manquer l'exposition de Dan Flavin à la Galerie Emmanuel Perrotin. Je garde encore un souvenir ému et très net de son exposition au Musée d'Art Moderne de la Ville en 2006. J'ai l'impression que c'était hier.
En entrant dans l'exposition, je me suis demandée pourquoi des néons mis côte à côte me faisaient autant d'effet, après tout. Puis, je me suis facilement laissée envahir par l'émotion.
Que vous dire de plus? Certes, les mauvaises langues peuvent prétendre que l'exposition est sans surprise. Du Dan Flavin quoi. Je dirais plutôt, pour ma part, du Grand Dan Flavin. Radical, minimal, intransigeant. Et pourtant si sensible, si beau.
L'exposition réunit un ensemble de huit œuvres du début des années 60 à la fin des années 80.
Magistral. Dans la pure lignée des désormais bien connues expositions "historiques" dans des galeries d'art contemporain. Mais celle-ci, elle valait vraiment la peine.
Donc, comme d'habitude dans SAMEDI, c'est GALERIES, plus d'images que de texte… Pour savourer et vous donner envie d'y aller.


Courtesy Galerie Perrotin, Paris

 


Courtesy Galerie Perrotin, Paris

 


Courtesy Galerie Perrotin, Paris



Courtesy Galerie Perrotin, Paris

 


Courtesy Galerie Perrotin, Paris



Courtesy Galerie Perrotin, Paris



Ne manquez pas non plus l'exposition d'en face, qui "colle" parfaitement avec celle de l'exposition principale je trouve. (Au risque de faire hurler les puristes.) Lionel Estève, dont c'est la troisième exposition à la galerie, nous propose une exposition légère et colorée. Légèreté n'est pas ici péjoratif, je précise. Dans la première salle, "se mélangent des étranges serpents endémiques ethnopops et ludiques". Je ne sais pas ce que "ethnopop" veut dire exactement mais on en comprend globalement le sens. Plus pops qu'ethos, selon moi, ces serpents sont relativement réjouissants quand ils se mêlent les uns aux autres. Mais j'ai beaucoup plus aimé les deux portes représentées par un trait de crayon et des poignées de porte. Mes photos sont très mauvaises mais le propos est justement dans la frontière entre visible et invisible.
C'est dommage, il n'y a pas de vues de la deuxième salle sur le site de la galerie. Il y a des tableaux blancs avec des perles en forme de voûte céleste. Et au sol, plus réussies, des pierres peintes au tiers à l'aquarelle, comme si le lit d'une rivière avait laissé quelques traces de peinture. Un hommage très poétique au Land Art et à l'art du jardin japonais (?).
Dernière salle : des dessins géométriques blanc sur blanc, dont l'économie de moyens m'a beaucoup plu, avec ce côté pop effectivement.
Deux expositions qui mettent le moral au beau fixe, surtout par une belle journée comme celle-ci!



Courtesy Galerie Perrotin, Paris

 


Courtesy Galerie Perrotin, Paris



Courtesy Galerie Perrotin, Paris



Courtesy Galerie Perrotin, Paris



Courtesy Galerie Perrotin, Paris



Courtesy Galerie Perrotin, Paris



DAN FLAVIN
"An installation"
in collaboration with L&M Arts

jusqu'au 3 mars

LIONEL ESTEVE 


jusqu'au 3 mars

Galerie Perrotin
76 rue de Turenne
et 10 impasse Saint Claude
mardi - samedi 11h - 19h
http://www.perrotin.com





Je continue avec des monochromes et l'exposition de Stefan Sehler à la Galerie Sultana. L'accueil y est très sympathique et j'avoue que je ne connaissais pas le travail de l'artiste. J'y ai découvert avec bonheur de grands monochromes qui laissent apparaître les multiples recherches de Sehler sur la matière (dripping, sprays et même avec les doigts!!) et les couleurs  (des rouges profonds, du cuivré, du gris métallique) posées, malaxées, expérimentées, triturées sur du Plexiglas. Ce dernier passe ainsi du statut d'un matériau protecteur à la surface peinte elle-même.

Et c'est vrai, comme nous l'explique le communiqué, que ces grands monochromes nous paraissent au départ précis, soignés et figés alors que plus on s'approche, plus on perçoit l'énergie et la vitalité de ces œuvres. On aurait envie de les regarder longtemps bien assis dans un canapé.



Courtesy Galerie Sultana, Paris

 


Courtesy Galerie Sultana, Paris

 


Courtesy Galerie Sultana, Paris



Courtesy Galerie Sultana, Paris



Courtesy Galerie Sultana, Paris



Courtesy Galerie Sultana, Paris

 

Stefan Sehler
abstract paintings
jusqu'au 25 février

Galerie SULTANA
12 rue des arquebusiers
mardi samedi, 11h 19h
http://www.galeriesultana.com


 

Je termine ma ballade par l'exposition d'Hubert Duprat chez art : concept. J'avais lu l'article dans le Quotidien de l'art et, comme j'avais vu une de ses œuvres chez Jérôme Poggi, j'avais très envie de venir voir l'exposition. (Ce n'est qu'après que j'ai vu le site avec les sublimes vues de l'exposition, que j'emprunte.) 4 œuvres. 4 chefs d’œuvre. Une sorte de rencontre frontale avec la matière mais avec un minimalisme et une attention aux détails saisissants.
Il y a cet immense forme carrée en polystyrène blanc. Des cubes de polystyrène blanc. On dirait qu'ils sont reliés avec des bandes de polystyrène noir. Un jeu subtil de formes et de couleurs avec seulement du polystyrène.
Puis, encore un cube, en Plexiglas cette fois, avec de la pâte à modeler. Des centaines de cubes qui en forme un autre. C'est cette œuvre que j'avais déjà vu. Il y a des œuvres qu'on est heureux de revoir.
Dans la deuxième salle, deux œuvres énigmatiques. D'un côté des dés à jouer pris dans une matière qui s'appelle l'ulexite, Je vous laisse lire la fiche wikipédia mais je n'ai rien lu de spécial. Très belle œuvre là encore. Des cubes toujours composent ce cylindre en pyrite (littéralement "pierre de feu") qui brille et qui semble sur le point de rouler.
Très franchement, l'exposition est magnifique et j'ai beaucoup aimé l'aborder avec naïveté, juste pour le plaisir des yeux.


Courtesy Galerie art:concept, Paris

 


Courtesy Galerie art:concept, Paris

 


Courtesy Galerie art:concept, Paris



Courtesy Galerie art:concept, Paris



Courtesy Galerie art:concept, Paris



Courtesy Galerie art:concept, Paris



Courtesy Galerie art:concept, Paris

 

Hubert Duprat
jusqu'au 10 mars

Art: Concept

13 rue des Arquebusiers
mardi - samedi 11h - 19h
http://www.galerieartconcept.com

Un bon bol de café et un large sourire m’attendent dès l’entrée dans son atelier : pas de doute, Markus est comme tous les allemands, très chaleureux.

Markus Hansen est, je viens de le dire, allemand bien qu’il ait passé « sa jeunesse » en Angleterre, un pays qu’il adore mais qui a très directement et très brutalement contrarié l’histoire de sa famille.

Etre allemand sous-entend (encore aujourd’hui) de devoir porter la charge négative que l’on connait tous, sans pour autant ni en partager l’idéal, ni y avoir pris part. Dès lors naît un problème identitaire. Comment construire son identité, comment SE construire face à l’autre sachant que le socle de cette construction est jugé « mal »? Comment être et comment apparaitre à l’autre en commençant par devoir oublier, nier sa propre histoire?

Ces questions identitaires qui portent autant sur le souvenir (en l’occurrence le regret du souvenir) que sur le double de soi (l’image que l’on renvoie) structure une partie importante et actuelle de l’œuvre de Markus Hansen.

Ce préambule est un fil qui permet de suivre le travail au sein de son atelier. En effet, le souvenir est une forme de patrimoine de l’être. Nous sommes, en quelque sorte, un empilement de souvenirs. Mais de quelle façon le souvenir me représente ? Dans quelle mesure serais-je un autre, si je redéfinis ou « falsifie » mes souvenirs? Comment remplacer des souvenirs que l’on nie sciemment, un chaos sombre en une image lumineuse ?

Waldfeuer ( d'après 'Waldlandschaft' de Carl Friedrich Lessing) 2011 / Asymmetrische Landschaft 2011/2012

 

C’est la question que Markus Hansen s’est posé en créant un ensemble composé de quatre œuvres à la craie sur tableau noir qui trônent sur les murs principaux de son atelier. Ces quatre œuvres, dont vous avez pu admirez l’une d’entre elle au cours de l’exposition « L’Exil » de Gaël Charbau, vous entourent et s’imposent à vous. Impossible de contredire leur véracité ou de les remettre en cause. Par leur format et leur disposition, elles vous enserrent.


Weisses Haus im Wald Schmelzend (d'après 'Waldlandschaft' de Carl Blechen) 2011

Tout les lie à l’enfance. Sur la forme déjà, le tableau noir et la craie. Sur le fond aussi ; Ces images qui semblent sorties directement des contes d’Hansel & Gretel aux contours indécis ont été minutieusement réalisées à la craie et au pigment, ce qui leur confèrent une immense fragilité, caractéristique première du souvenir, mais aussi une grande "informalité". Un dessin est considéré comme une représentation, une interprétation à l’instar de la photographie qui a toujours eu le devoir de mémoire et de preuve.

Ces quatre dessins ont été réalisés par Markus Hansen dans le but de se reconstituer une mémoire. Réfugié dans les contes et berceuses de son enfance, l’artiste nous livre ici une série de représentations « honorables », qui viennent directement et volontairement remplacer les images qui symbolisent le passé de l’Allemagne et cet héritage encombrant. Venue du vide et de l’effacement du souvenir, la lumière émerge de la pénombre et redéfinit les contours de la mémoire.

Ce processus de construction volontaire, de faux semblant, de souvenir contrefait voire d’utilisation d’un matériau à contre-emploi ou à contre sens est en œuvre dans l'oeuvre suivante.

Car sous le dehors anodin d’une photo de ciel, c’est une tout autre réalité qui se met en place. Un procédé sérigraphique est en réalité appliqué au support, sauf que les densités d’encre ne génèrent pas directement la couleur. En effet, la couleur est remplacée par une matière collante. Markus dépose ensuite sur ce support de la poussière récupérée dans son atelier.

En libérant la poussière sur la colle, elle se fige par endroit et « révèle » la nature de l’impression. L’artiste utilise un matériau qui par définition est inutile, qui symbolise la saleté et ce qu’il faut cacher pour la transcender en une œuvre symbolisant la légèreté et la pureté.

Plus formelle, ou en tout cas plus proche de ces travaux sur l’image et son double (l’image que je renvoie aux autres), voici une installation saisissante. Vous pénétrez dans une pièce blanche avec quelques éléments posés dans l’espace et baignée par la chanson 'Each man kills the thing he loves' Ingrid Caven extrait 'The Ballad of Reading Goal' d'apres Oscar Wilde.

Un miroir est positionné au centre de la pièce,  derrière le petit meuble et la chaine Hifi, qui nous renvoie les détails des objets. Mais à mesure que l’on pénètre dans la pièce, une impression incroyable s’empare de vous. Vous vous rendez compte que votre reflet n’apparait pas dans le miroir. Suis-je bien présent dans la pièce ? Mon reflet, ou ce que voient les autres de moi, existe-t-il ?


'Each man kills the thing he loves' Ingrid Caven extrait 'The Ballad of Reading Goal' d'apres Oscar Wilde 2005/2012 mixed media

Là encore sont convoquées la représentation et l’image de soi.

Plus loin, c’est l’existence même de cette image qui disparait vous renvoyant à l’état de fantôme. L’espace est en réalité reproduit à l’identique de l’autre côté du mur. Markus Hansen se place devant moi, dans l’autre pièce, et prend quelques attitudes des miennes en me mimant, ce qui nous renvoie directement à ces  travaux baptisés « other People’s feeling ».

Dans ces séries de photos, l’artiste, toujours dans sa quête de construction d’image, tente de se photographier au plus proche de portraits d’autres qu’il a réalisé. Ainsi, au delà des clivages habituels de sexe ou d’origine, Markus Hansen s’essaie à se reconstruire en un autre. Créant à la fois une forme de similarité, les différences évidentes entre les modèles révèle finalement que, qui que nous soyons, quelque soit notre héritage, les sentiments qui nous régissent sont les mêmes.

http://www.markushansen.com/

Chronique d’une mort annoncée

Saturday, 21 January 2012 15:03 Published in Blog


L’histoire pourrait commencer ainsi : « Le roi est mort ! Vive le roi ! » … ou LES rois ! Car la descendance et les suiveurs seront légions, parions-le !
Mais patience, le roi est bien toujours parmi nous.

Retour en arrière :
New York, mercredi 18 janvier 2012, 10 :00 GMT

Le Village Voice, journal mutli-diffusé dans la Grosse Pomme, annonce la disparition de Damien Hirst, des suites d’une maladie de la diversification… Sarcasmes et autres railleries, bienvenue dans l’univers impitoyable de la jalousie artistique !


http://www.villagevoice.com/2012-01-18/art/damien-hirst-died-gagosian-spot-paintings-dots/


Bon, à la première lecture, je dois avouer que ça m’a bien fait rire ! J’ai même opiné du chef en me remémorant l’omniprésence de l’anglais dans le marché de l’art contemporain international, de part ses provocations inhabituelles dans un secteur parfois si figé et coutumier.
Et puis la bonne vieille rengaine de l’innovateur décrié par ses pairs m’est vite revenue en tête… Ok, Hirst défie les règles du marché avec une vente aux enchères directe ultra-médiatisée, ou encore son exposition planétaire chez Gagosian (assortie d’un carnet de pèlerin que les chanceux visiteurs de chaque exposition peuvent faire tamponner dans l’espoir de gagner une œuvre de l’artiste)
Mais tous les Hockney* et autres Village Voice ne contribuent-ils pas à lui faire un peu plus de pub et le rendre encore plus célèbre ?
Gageons que si l’artiste eut été américain, le Village Voice ne se serait peut-être pas autant enflammé …

* David Hockney a violemment critiqué le Young British Artist pour son recours à de nombreux assistants. Euh… Et si Michel-Ange ou Raphaël avaient réalisé entièrement eux-mêmes la Chapelle Sixtine ou les Stanze du Vatican… oui ? non ? …

Le LACMA s’offre la collection Berggruen

Friday, 20 January 2012 08:33 Published in Blog

Le LACMA s’offre la collection Berggruen

Nicolas, le fils du grand marchand d’art allemand Heinz Berggruen, s’allie au musée de Los Angeles et à son mécène Eli Broad*, en prêtant à l’institution, et ce sur le long terme, un certain nombre de pièces de sa propre collection.

Nicolas Berggruen

Une immense installation de l’artiste américain Chris Burden vient déjà de partir en Californie. Metropolis II représente un circuit de voitures et de trains au sein d’une ville miniature. Cette pièce restera pendant dix années dans l’enceinte du musée.

Metropolis II de Chris Burden

Le reste de la collection du philanthrope s’axe autour des artistes allemands, tels que Martin Kippenberger, Joseph Beuys ou encore Gerhard Richter mais propose également des œuvres de plasticiens de la côte Ouest américaine, notamment Ed Ruscha, Paul McCarthy ou Mike Kelley.  
Rappelons que l’héritier est un des trustees du LACMA.

Le LACMA, version Eli Broad

A l’instar d’un François Pinault, le projet de Nicolas Berggruen d’ouvrir un musée à Berlin avait dernièrement capoté dû aux conditions d’achat du terrain mises en place par la ville. Pas de Pallazzo Grassi pour Berggruen mais sa collection en Californie !


* En 2008, Eli Broad avait sauvé le LACMA en offrant une annexe au musée pour un coût de 56 millions de dollars + 10 millions pour les acquisitions.

Eli Broad



SAMEDI, c’est GALERIES #31

Friday, 13 January 2012 20:52 Published in Blog

Le blog de BACKSLASH sort enfin de sa léthargie, après la traditionnelle (petite) pause de Noël et un vernissage intense!
BACKSLASH vous promet cette année encore beaucoup d'expositions de qualité, d'artistes à découvrir et, bien sûr, chaque semaine des articles sur l'actualité du monde de l'art.

Pour inaugurer cette année 2012, voici donc de nouveau le désormais incontournable SAMEDI, c'est GALERIES! L'idée de ce rendez-vous est parti d'une frustration que les galeristes curieux connaissent bien : comment continuer à aller découvrir les galeries et ce qu'elles proposent quand son propre emploi du temps est le même? A BACKSLASH, nous avons trouvé une solution : se faire plaisir d'abord, rester attentif, tout en en faisant profiter le plus grand nombre. (J'en profite aussi pour remercier par la même occasion mes associés, qui me laissent vagabonder tranquillement.)
SAMEDI, c'est GALERIES est forcément subjectif et très didactique. Il est à l'origine de beaucoup de belles rencontres. J'espère que vous resterez nombreux à nous suivre!


Je ne suis pas allée très loin aujourd'hui : la pétillante rue Chapon a suffit à satisfaire mon appétit de découvertes. Nombreuses sont les galeries qui ont vernies, comme nous, samedi dernier. Nombreuses sont celles qui sont à visiter régulièrement.


Pour commencer, le versant Est de la rue, au numéro 13, avec la hautement sympathique galerie Isabelle Gounod, qui jouxte celle de Claudine Papillon. Elle propose une excellente exposition de Claire Tabouret qui se nomme "L'île" et qui englobe autant les idées de l'exil et de l'isolement que celles de la traversée et de l'aventure. Les grandes ou les petites toiles donnent en effet immédiatement une double impression saisissante : elles ont une dimension universelle et sont en même temps tellement actuelles. Entre chien et loup, pour reprendre l'expression de l'artiste, reprise par Claire Taillandier qui a écrit le communiqué, les œuvres de Claire Tabouret sont inquiétantes et sombres mais emplies de sérénité, quelque part entre le sujet intemporel du radeau de la méduse et l'espoir des peuples migrants d'aujourd'hui entassés dans de petites embarcations en route vers un monde "meilleur"…

Avant de laisser la place aux images, je vous laisse lire les propres mots de l'artiste :

"L’île tout comme la peinture est un endroit de solitude.

Un espace délimité qui, de par sa contrainte même, rend la liberté possible.


Des images attrapées à la volée sur internet, dans les journaux télévisés, sont le point de départ de mes tableaux. La peinture me permet de resserrer ce que ces flux d’images dispersent. 

Peindre une de ces visions c’est pour moi presser l’image, l’essorer, j’essaye d’en extraire une lumière interne, un indice ténu. Il me faut parfois peindre plusieurs tableaux pour épuiser une image. De là viennent les séries.
Je me suis toujours intéressée aux personnages et situations qui ne rentrent pas dans des cases. À la difficulté à dire d’où l’on vient, ce que l’on est. Entre un pays et un autre, entre féminin et masculin, entre chien et loup.
Mes peintures s’installent à jamais dans ces moments de bascule, d'ambiguïté.


Il s’agit de resserrer mon attention sur l’oscillation entre la puissance narrative de ces images et la réalité de la peinture. Comme un funambule sur son fil, j’essaye de trouver un équilibre délicat. Une position à réajuster sans cesse.

"

Claire Tabouret, Marseille. Avril 2011





















Claire Tabouret
L'ÎLE
jusqu'au 18 février

Galerie Isabelle Gounod
13 rue Chapon
mardi - samedi, 11h - 19h
http://www.galerie-gounod.com






L'exposition de Didier Trenet, "Championne de descente", chez Claudine et Marion Papillon nous accueille en effet avec un air de triomphe, un immense V de la victoire version vanille chocolat. Plus loin, un dessin serti d'éclats de verre. Encore après, des verges dans un sous-bois. Les œuvres rassemblées ici, si elles ont plus ou moins retenues mon attention, témoignent toutes d'un équilibre entre maîtrise technique et art de la plaisanterie. Un positionnement salutaire tant le cynisme a de plus en plus tendance à remplacer cette idée de la plaisanterie, franche et intelligente, cocasse et qui fait sourire intelligemment sans arrières pensées.



















Didier Trenet
Championne de descente
jusqu'au 20 janvier et du 25 janvier au 25 février

Galerie Claudine Papillon
13 rue Chapon
http://www.claudinepapillon.com/
mardi - samedi, 11h - 19h





La tête ailleurs, je traverse de nouveau la rue Beaubourg, direction le versant Ouest de la rue Chapon. La première galerie sur ma route est la galerie Eva Hober, avec une exposition de Damien Cadio qui m'avait été fortement recommandée par un autre artiste, d'ailleurs grand collectionneur du premier.
J'avoue que dès le départ, avec les deux grands formats dans l'entrée, l'un présentant un homme en combinaison de plongée et l'autre deux escargots s'enlaçant, avec leur bave (?) comme point d'orgue, j'ai été vraiment charmée. Mon amour des escargots mis à part, on se laisse facilement emmener dans l'univers de ces grands formats sombres. Dans la salle principale, un grand tableau vraiment intrigant, qui m'a fait penser à une scène de film, fait face à une multitude de petits formats, "non spectaculaires", envers lesquels, nous dit le communiqué de presse, l'artiste a une préférence. Ils n'en sont pas moins forts pour autant ici. Autant de scènes étranges, dont on peut partir pour se raconter une histoire, se succèdent pour la plus grande joie du visiteur.






















DAMIEN CADIO
TUPELO
jusqu'au 11 février

GALERIE EVA HOBER
35-37 rue Chapon
mardi-samedi, 11H-19H
http://www.evahober.com/






En face, on m'a beaucoup parlé aussi de l'exposition de Julien Tiberi organisée par la galerie Sémiose. Marc Bembekoff, commissaire du Palais de Tokyo, en a écrit le communiqué (l'artiste y a présenté son travail l'année dernière). Deux séries distinctes y sont présentées, de part et d'autre de l'espace. A gauche, l'artiste mêle avec habileté et humour sujets contemporains et esthétique de la caricature du XIXe dans la série "Riristi.mes Unlimited (A Constructed World)". A droite, toujours dans une esthétique XIXe, la série "Le Salon" (2007-2011) évoque tour à tour une foire du Concours Lépine de l'époque, avec "lampes à huile et autres prototypes de lampes électriques d’Edison", et une sorte d'exposition caricaturale des ancêtres du néon, dont le parallèle avec notre monde contemporain laisse songeur...
Suit ensuite une série de miroirs, qui m'ont laissé plus perplexe.
De magnifiques tableaux viennent également ponctuer l'espace. Somptueux. Initiées en 2007, ces œuvres font partie de la série "El astro de la suera" et montrent des vues nocturnes de la frontière américano-mexicaine près de Tijuana. Outre leur sujet, aux nombreuses références, très contemporain, la technique (un grattage de la couche de peinture noire mate recouvrant une plaque d’Isoler) permet une suggestion du sujet grâce à des noirs mats où l'on se perd...




























Julien Tiberi
jusqu'au 11 février

Semiose
54 rue Chapon
mardi-samedi, 11H-19H
http://www.semiose.fr/





Je file ensuite découvrir une exposition toute en poésie et en recherche formelle chez Zürcher : "Renaissance", de Wang Keping. Un des fondateurs du premier groupe d’artistes chinois non-officiels, Xing Xing, à la fin des années 1970, dont a fait parti Ai Wei Wei, l'artiste est déjà bien identifié. Après des œuvres plus politiques dans les années 80, son travail s'est développé de manière plus formelle. Sont présentées ici des sculptures en bois, patinée au feu, imposantes par leur taille, que vous avez peut-être eu l'occasion de découvrir, notamment au Musée Cernuschi l'année dernière. Le bois y est travaillé en respect avec la matière brute, en accompagnant les formes naturelles du bois, et dans une simplicité qui sublime le corps féminin.




















WANG Keping
Renaissance
jusqu'au 29 février

ZÜRCHER
56, rue Chapon

mardi-samedi / 12h - 19h
http://www.galeriezurcher.com






Je finis par la jeune galerie ALB tenue par Anouk Le Bourdiec qui présente sa quatrième exposition. Accueillie avec beaucoup de bonne humeur, je découvre les œuvres toute en finesse de Jean-Baptiste Perrot dont le travail joue sur les interstices, les trames et les enjeux de la représentation. L'illusion de la réalité et de ce que l'on perçoit est au cœur tant du sujet, entre abstraction et figuration, sorte d'images hypnotiques de ce qu'on devine être des architectures (ou bien est-ce des maquettes?), que de la technique : impression, gravure, dessin? Une réflexion sur le flou et le grésillement hautement menée.
A noter que la galerie, avec quelques "galeries amies", a initié un petit parcours de jeunes galeries du quartier. Des découvertes à venir!












Jean-Baptiste Perrot
Schéma directeur
jusqu'au 21 février

Galerie ALB ANOUKLEBOURDIEC
64 rue Chapon
mar - dim : 11:00 - 20:00



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