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Thursday, 24 February 2011 14:09

Outre-Forêt

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Outre-Forêt est un cycle d'expositions mené par Mathieu Buard & Joël Riff au 6b, lieu de création étonnant à Saint-Denis, entre la Seine et le Canal, un peu au milieu de nulle part et pourtant à seulement 10 minutes de Paris. C'est là que BACKSLASH a décidé de vous emmener!

Le communiqué de l'exposition commence comme cela :

"L’Outre-Forêt est une zone du Nord de l’Alsace coupée du reste du pays par une épaisse barrière d’arbres. À une époque où les bois ne se traversaient qu’à pieds ou à cheval, cette frontière forestière avait la réputation d’être périlleuse voire infranchissable. La réalité de cet au-delà était alors nimbée de mystères : rares étaient ceux qui osaient s’y aventurer pour pouvoir en témoigner."

 

Il faut dire qu'Outre-Forêt est un titre, et une thématique, brillamment choisis par des commissaires qui ont pris en compte l'isolement et l'exotisme d'un lieu pour les transformer en une réflexion fort intéressante sur la lisière et, je le disais, l'exotisme.

 

RDV donc avec Joël Riff à Gare du Nord à 17h un lundi pluvieux. (Oui, un jour de repos normalement, je me motive donc…) Au début, on se demande un peu ce que l'on fait là mais Joël Riff, hôte attentif, nous fait oublier tout le trajet en nous contant le début de cette aventure qui a commencée l'année dernière, avec la première exposition du cycle qui a eu lieu du 25 novembre au 5 décembre et qui présentait les travaux de quelques résidents du 6b (Nadia Agnolet, Amélie Bertrand, Chloé Dugit-Gros, Edgar Guilmoto, Maxime Thieffine, Sarah Tritz)

 

 

Billets de RER en poche, un tout petit trajet en RER (moins de 10 minutes) et une sortie dans un Saint-Denis en plein travaux avec l'aménagement du tramway. C'est vrai qu'à ce moment là, on est plutôt heureux que notre hôte nous montre le chemin parmi les grilles de travaux et les passages.

 

 

 

Quelques minutes suffisent pour se retrouver devant le 6b, immense bâtiment que l'on dirait sorti tout droit des années 70 et qui se dresse avec détermination entre la Seine et le Canal. Nouveau lieu de création, cet ancien immeuble de bureaux a été repris par des anciens étudiants des Beaux-Arts de Paris, des professionnels et des passionnés de tous horizons qui se sont regroupés en association et sont déterminés à faire du 6b un lieu de travail (60 ateliers individuels, des ateliers bois, sérigraphie, etc.) mais aussi de partage et de diffusion. Les 3 000 m2 ont donc été transformés en ateliers, bureaux, espace d'exposition, salle de projection, salle de danse et un restaurant associatif très agréable, peu cher et paraît-il absolument fameux! Avis aux habitants du quartier et aux visiteurs de passage.

 

 

 

 

Direction l'espace d'exposition, bien sûr, dans une lumière entre chien et loup, l'heure parfaite pour découvrir ce deuxième accrochage où transparaît l'inquiétude, l'hésitant, le brouillard, la poussière, le gluant. L'exposition intègre également une donnée particulière : s'intéressant à la lisière, les cimaises où étaient accrochées les oeuvres de la première exposition (conçue au contraire comme une focale, un centre) ont été laissées nues. Je vous laisse découvrir donc ces travaux qui investissent plutôt l'entre-deux de l'exposition.

 

Sur la droite, les peintures saisissantes d'Eva Nielsen, artiste définitivement passionnante, représentée par Dominique Fiat.

 

 

 

On découvre ensuite les sérigraphies de Shanta Rao, celle d'un noir profond sur un blanc pur, absolument magnifique, accrochée sur le côté, en haut d'une cimaise, et ses pendants négatifs, presque gluants, disposés librement sur une vitrine. Non loin, une sérigraphie en blanc sur une plaque de Plexiglas joue sur la lumière du jour (ou d'un néon) tandis que du caoutchouc noir enveloppe une chaise et semble vouloir envahir l'espace. L'ensemble est très beau.

 

 

 

 

Guillaume Linard-Osorio propose lui une oeuvre plus conceptuelle, en présentant sur des tréteaux des feuilles recouvertes de pastels, dans les tons gris, dont on peut sentir l'odeur. Pour chaque feuille, l'artiste a fondu une boite de pastel gras de marque différente et dont le résultat est en quelque sorte la synthèse colorée. La dissection de ces couleurs par fabricant est exposée à côté, très froidement, sur des feuilles A4, que viennent contrebalancer la délicatesse des tons gris, taupe ou gris-vert de ces grands monochromes.

 

 

 

 

 

Un ensemble d'oeuvres de Raphaël Barontini, jouant sur les codes du kitsch, contraste tout à fait avec les oeuvres précédentes.

 

 

On retrouve ensuite le très bon Cyril Hatt, dont l'exposition à la galerie Bertrand Grimont se termine ce samedi. Avec sa technique habituelle, originale et effarante de simplicité, sont présentés deux t-shirts, qui reprennent l'esthétique un peu "beauf" de ces "maillots" vendus dans les marchés de province, et que personnellement j'aime beaucoup. Un immense confessionnal (le choix du sujet est encore une fois parfait!) investit l'espace et repousse le plafond.

 

 

 

J'ai beaucoup aimé les oeuvres très sensibles de Yoan Beliard (graphite sur calque), nuages de fumée minuscules et complexes. C'est un peu dommage de les voir pris dans cette double coque de verre fermée par du silicone… En revanche, ses barres de graphite posées au sol sont vraiment superbes.

 

 

 

 

Sont posés au sol des animaux écrasés de Pierre David, dont la thématique pour le moins sanglante contraste avec la délicatesse de la gravure sur feuille d'or.

 

 

 

 

Etrangement posées sur la fenêtre, les oeuvres de Raul Illarramendi sont en apparence plus banales. Pourtant, la technique utilisée est absolument fascinante : ces flaques sont en fait dessinées, et non aléatoires; elles sont construites et pensées. Et là où l'on ne perçoit qu'aléas et hasard, l'on découvre technique, retenue et intelligence. L'artiste participera bientôt à une exposition collective à la galerie Karsten Greve.

 

 

 

 

 

Enfin, je me permets de ne pas respecter le "sens" a priori de l'exposition pour finir par l'artiste que j'aime le plus : Lionel Sabatté. Représenté par Patricia Dorfmann, l'artiste joue avec le sale, la poussière, le gras. Il balaie quand même plusieurs heures par jour la station Châtelet, pour s'arrêter au bout d'un mois et construire un loup avec ces résidus de vie. Il est chaque mois différent, parfois affamé et maigre, parfois repu. On le croirait presque vivant, prêt à se lever.

Près de là, sont posées sur le rebord de la fenêtre, quelques "oeuvres" :  miroir, dessus d'armoire, morceau de contreplaqué, recouverts de graisse, de poussière, de rouille mais aussi de quelques dessins et inscriptions étranges. Malgré le relatif dégoût qu'ils peuvent nous inspirer, on reste complètement fasciné par ces travaux!

 

 

 

 

 

 

Je salue par ailleurs le parti-pris des commissaires de cloisonner dans l'espace les oeuvres des artistes, par groupes monographiques, tout en les laissant dialoguer ensemble. C'est très réussi.

 

Je ne sais pas vous, mais personnellement, j'attends avec impatience le prochain opus de ce cycle, maintenant que je connais le chemin...

 

 

 

OUTRE-FORÊT

un cycle d'expositions au 6b

sous le commissariat de Mathieu Buard & Joël Riff

Mathieu Buard - This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it

Joël Riff - This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it

http://outreforet.wordpress.com/

 

Deuxième exposition du jeudi 17 au jeudi 24 février 2011

Raphaël Barontini, Yoan Beliard, Pierre David, Cyril Hatt, Raul Illarramendi, Eva Nielsen, Guillaume Osorio-Linard, Shanta Rao, Lionel Sabatté

 

le 6b

6-10 quai de Seine à Saint-Denis

RER Saint Denis

http://www.le6b.org

 

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