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Thursday, 02 February 2012 14:52

Trois salles, une ambiance. Mathieu Mercier au CREDAC.

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Mathieu Mercier aime les institutions et elles le lui rendent bien. La preuve avait été faite lors de sa rétrospective au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Cinq ans plus tard, il nous propose au CREDAC une exposition radicale qui se décompose en trois volets et occupe trois espaces distincts. Son nom, "SUBLIMATION", vient du procédé d'impression dans la masse qui est utilisé dans une grande part des pièces.

Cette fois encore, Mathieu Mercier joue de nos structures mentales. Poussant plus avant le geste duchampien du ready-made, l’artiste associe des objets du quotidien à des motifs colorimétriques ou graphiques dans ce qu’il nomme des « collages ». C’est ainsi qu’un poisson rouge dans son aquarium côtoie les couleurs d’impression, qu’un régime de bananes (référence à Warhol) s’associe à un nuancier Kodak recourbé.

L’association de ces objets et de leurs motifs respectifs, eux-mêmes rendus inexploitables par la déformation, crée un ensemble d’une pureté absolue. Les socles aux motifs imprimés dans la masse répondent aux objets et les complètent en les privant de leur valeur d’usage au profit d’une valeur symbolique. Ces graphiques de mesure et pictogrammes informatifs confèrent une dimension scientifique aux pièces. Minutieusement déformés, ils  perdent également leur valeur d’usage au profit de la valeur esthétique. L’un et l’autre des objets, qui agissent comme des stéréotypes,  dialoguent pour créer une nouvelle image mentale.

Poussant le concept plus loin, c’est une scène de rue qui est extraite de son contexte dans la deuxième salle. Reproduit par l’artiste, un espace urbain composé d’un banc, d’un lampadaire et d’une bicyclette posée sur un poteau occupe le second espace. Le banc est composé de tubes de canalisations sous-terrains, évoquant la récente installation à la FIAC, à la différence du matériau: la moquette de la célèbre foire. Le matériau est dérivé de sa valeur de conducteur pour devenir une assise. Ses propriétés secondaires, sa dureté et son poids, sont exploitées en lieu et place de sa capacité première: conduire des liquides.

Le lampadaire a été produit par l’artiste sur les dimensions d’un panier de basket. Les cerclages qui soutiennent les globes de lumière apparaissent comme suspendant des ballons trop gros, contrariant le jeu et le figeant. Inspiré des luminaires de Gino Sarfatti, ce lampadaire interroge également, selon moi, la nécessité du design. En effet, au-delà de la référence, un objet inspiré par des formes des années 60 peut-il exister et fonctionner aujourd’hui? C’est finalement une interrogation sur la nécessité que le design et la mode nous imposent: devoir en permanence renouveler nos objets.

Plus loin, une bicyclette est appuyée sur un poteau reprenant trois cercles remplis par les trois couleurs primaires et barrés d’un coup de spray. Ce poteau semble se proposer comme forme de ré-interprétation des feux tricolores. Là encore, sortie de son contexte et transformée par l’artiste, privée de circulation à réguler, cette allégorie des feux perd sa valeur d’usage et ne devient plus qu’un support à vélo. Privé de sa capacité à gérer les mouvements d’automobiles et de piétons, ce feu de circulation est devenu un objet du non-mouvement.

Les pièces contenues dans cette salle relèvent du même procédé de transformation de la valeur que dans la première, mais renvoient de part la sémantique des objets choisis à un questionnement sur la lucidité de l’espace urbain, et plus largement la place de la lucidité dans le champ social et politique.

La dernière salle, plongée dans la pénombre, met en exergue une vitrine immense et très éclairée contenant de la terre qui elle-même enserre un aquarium abritant un couple d’axololts. Ce diorama, qui semble sorti d’un musée d’histoire naturelle, dénué de narration nous renvoie à nous-mêmes en proposant un paysage inconnu et structuré. Ce paysage de terre brune laisse se révéler un aquarium qui contient les fameux axololts, sorte de tritons blancs et oranges qui me sont eux aussi inconnus.

Cette pièce nous décontenance par son intention. Le manque de mise en situation ainsi que l’absence de narration commune aux vitrines des musées nous laisse pantois devant un paysage et ses habitants inconnus. Un monde où les axololts vivent dans des aquariums dissimulés dans la terre. Puisque la narration est absente, je me lance: une métaphore de notre quotidien, nous (axololts) dans nos aquariums (nos différents habitus) qui émergeons d’une matière brute et naturelle.


DR credac.fr

Sublimations - Mathieu Mercier au CREDAC

20 janvier - 25 mars 2012
http://www.credac.fr/

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