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Wednesday, 25 January 2012 10:36

Visite d’atelier : plongée dans le souvenir chez Markus Hansen.

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Un bon bol de café et un large sourire m’attendent dès l’entrée dans son atelier : pas de doute, Markus est comme tous les allemands, très chaleureux.

Markus Hansen est, je viens de le dire, allemand bien qu’il ait passé « sa jeunesse » en Angleterre, un pays qu’il adore mais qui a très directement et très brutalement contrarié l’histoire de sa famille.

Etre allemand sous-entend (encore aujourd’hui) de devoir porter la charge négative que l’on connait tous, sans pour autant ni en partager l’idéal, ni y avoir pris part. Dès lors naît un problème identitaire. Comment construire son identité, comment SE construire face à l’autre sachant que le socle de cette construction est jugé « mal »? Comment être et comment apparaitre à l’autre en commençant par devoir oublier, nier sa propre histoire?

Ces questions identitaires qui portent autant sur le souvenir (en l’occurrence le regret du souvenir) que sur le double de soi (l’image que l’on renvoie) structure une partie importante et actuelle de l’œuvre de Markus Hansen.

Ce préambule est un fil qui permet de suivre le travail au sein de son atelier. En effet, le souvenir est une forme de patrimoine de l’être. Nous sommes, en quelque sorte, un empilement de souvenirs. Mais de quelle façon le souvenir me représente ? Dans quelle mesure serais-je un autre, si je redéfinis ou « falsifie » mes souvenirs? Comment remplacer des souvenirs que l’on nie sciemment, un chaos sombre en une image lumineuse ?

Waldfeuer ( d'après 'Waldlandschaft' de Carl Friedrich Lessing) 2011 / Asymmetrische Landschaft 2011/2012

 

C’est la question que Markus Hansen s’est posé en créant un ensemble composé de quatre œuvres à la craie sur tableau noir qui trônent sur les murs principaux de son atelier. Ces quatre œuvres, dont vous avez pu admirez l’une d’entre elle au cours de l’exposition « L’Exil » de Gaël Charbau, vous entourent et s’imposent à vous. Impossible de contredire leur véracité ou de les remettre en cause. Par leur format et leur disposition, elles vous enserrent.


Weisses Haus im Wald Schmelzend (d'après 'Waldlandschaft' de Carl Blechen) 2011

Tout les lie à l’enfance. Sur la forme déjà, le tableau noir et la craie. Sur le fond aussi ; Ces images qui semblent sorties directement des contes d’Hansel & Gretel aux contours indécis ont été minutieusement réalisées à la craie et au pigment, ce qui leur confèrent une immense fragilité, caractéristique première du souvenir, mais aussi une grande "informalité". Un dessin est considéré comme une représentation, une interprétation à l’instar de la photographie qui a toujours eu le devoir de mémoire et de preuve.

Ces quatre dessins ont été réalisés par Markus Hansen dans le but de se reconstituer une mémoire. Réfugié dans les contes et berceuses de son enfance, l’artiste nous livre ici une série de représentations « honorables », qui viennent directement et volontairement remplacer les images qui symbolisent le passé de l’Allemagne et cet héritage encombrant. Venue du vide et de l’effacement du souvenir, la lumière émerge de la pénombre et redéfinit les contours de la mémoire.

Ce processus de construction volontaire, de faux semblant, de souvenir contrefait voire d’utilisation d’un matériau à contre-emploi ou à contre sens est en œuvre dans l'oeuvre suivante.

Car sous le dehors anodin d’une photo de ciel, c’est une tout autre réalité qui se met en place. Un procédé sérigraphique est en réalité appliqué au support, sauf que les densités d’encre ne génèrent pas directement la couleur. En effet, la couleur est remplacée par une matière collante. Markus dépose ensuite sur ce support de la poussière récupérée dans son atelier.

En libérant la poussière sur la colle, elle se fige par endroit et « révèle » la nature de l’impression. L’artiste utilise un matériau qui par définition est inutile, qui symbolise la saleté et ce qu’il faut cacher pour la transcender en une œuvre symbolisant la légèreté et la pureté.

Plus formelle, ou en tout cas plus proche de ces travaux sur l’image et son double (l’image que je renvoie aux autres), voici une installation saisissante. Vous pénétrez dans une pièce blanche avec quelques éléments posés dans l’espace et baignée par la chanson 'Each man kills the thing he loves' Ingrid Caven extrait 'The Ballad of Reading Goal' d'apres Oscar Wilde.

Un miroir est positionné au centre de la pièce,  derrière le petit meuble et la chaine Hifi, qui nous renvoie les détails des objets. Mais à mesure que l’on pénètre dans la pièce, une impression incroyable s’empare de vous. Vous vous rendez compte que votre reflet n’apparait pas dans le miroir. Suis-je bien présent dans la pièce ? Mon reflet, ou ce que voient les autres de moi, existe-t-il ?


'Each man kills the thing he loves' Ingrid Caven extrait 'The Ballad of Reading Goal' d'apres Oscar Wilde 2005/2012 mixed media

Là encore sont convoquées la représentation et l’image de soi.

Plus loin, c’est l’existence même de cette image qui disparait vous renvoyant à l’état de fantôme. L’espace est en réalité reproduit à l’identique de l’autre côté du mur. Markus Hansen se place devant moi, dans l’autre pièce, et prend quelques attitudes des miennes en me mimant, ce qui nous renvoie directement à ces  travaux baptisés « other People’s feeling ».

Dans ces séries de photos, l’artiste, toujours dans sa quête de construction d’image, tente de se photographier au plus proche de portraits d’autres qu’il a réalisé. Ainsi, au delà des clivages habituels de sexe ou d’origine, Markus Hansen s’essaie à se reconstruire en un autre. Créant à la fois une forme de similarité, les différences évidentes entre les modèles révèle finalement que, qui que nous soyons, quelque soit notre héritage, les sentiments qui nous régissent sont les mêmes.

http://www.markushansen.com/

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