C'est l'avant-dernier rendez-vous de SAMEDI, c'est GALERIES et comme c'est la saison des présentations de groupes, dont je vous avait proposé un panorama la semaine dernière (http://www.backslashgallery.com/blog/item/99-samedi-cest-galeries-#17.html), j'avais envie d'enfoncer le clou sur ces expositions que l'on qualifie un peu trop vite souvent de "fourre-tout" et vous proposer un regard croisé sur deux expositions sur le paysage : "Paysage", tout simplement, à la galerie Alain Gutharc et "L'avenir du paysage" à la galerie Sémiose. Je trouvais la coïncidence amusante et parfois il suffit d'un prétexte un peu futile comme excuse à la découverte…
La galerie Gutharc, très inspirée je trouve dans les expositions de groupe de manière générale, propose un bel accrochage d'artistes de la galerie (Véronique Ellena, Guillaume Janot, Charles Lopez et Marlène Moquet) et de deux nouveaux venus : Guillaume Linard-Osorio et Vincent J. Stocker, qui aura l'honneur de commencer la prochaine saison puisque la galerie lui consacre, avec raison, une exposition personnelle en septembre.
L'exposition est donc axée autour du genre ancestral qu'est celui du paysage, genre qui a subit bien des aléas et des remises en question depuis l'Antiquité et qui a aussi donné son nom à un format de toile "dont la hauteur est, en gros, d’un tiers inférieure à la longueur." Le communiqué nous rappelle brièvement le destin du paysage comme genre jusqu'à son émancipation de la représentation objective vers le reflet de l’univers mental de l’artiste. Et la galerie nous offre à voir un ensemble de travaux qui donnent tous leur propre interprétation du genre.
On est d'emblée face à une peinture de grand format de Marlène Mocquet, que l'on ne présente plus, dont le choix apparait relativement évident par rapport au thème de l'exposition, puisqu'elle projette littéralement son esprit sur la toile, si je peux me permettre ce raccourci. J'ai d'ailleurs vu sur le site de la galerie que l'artiste, dont l'oeuvre troublante oscille entre le beau et le laid, a justement fait une peinture qui s'appelle "Mordre le paysage".
Comme un clin d'oeil à la pièce de Guillaume Linard-Osorio un peu plus loin, l'oeuvre s'appelle "Les noeuds du bois".
Guillaume Linard-Osorio, dont l'exposition personnelle chez Magda Danysz en 2008 avait l'air aussi captivante que culottée, et que j'avais remarqué dans l'exposition "Outre Forêt" de Joël Riff au 6b (j'avais beaucoup aimé ces feuilles recouvertes de boîtes de pastels : http://www.backslashgallery.com/blog/item/68-outre-foret.html).
Sont montrées deux planches de contreplaqué tout à fait standard dans lesquelles sont incrustées de tranches de silice d'un bois de plus de 70 millions d'années. Le contraste est saisissant, l'objet est intéressant. "Contreplaqué fossile" fait s'opposer un bois issu d'une transformation mécanique rapide et un bois issu d'une transformation naturelle extrêmement lente.
De part et d'autre, deux photographies. A gauche, une oeuvre de Véronique Ellena dont la photographie sophistiquée et précise s'intéresse aux paysages dans une série commencée en 2005. A découvrir en dehors de l'exposition, ses natures mortes dont l'univers évoque la peinture ancienne.
Et à droite, une oeuvre du très bon artiste Guillaume Janot que je connaissais trop peu alors qu'il a bénéficié d'une exposition personnelle à la galerie l'année dernière et à la Fondation Ricard en 2009. On découvre la photographie d'une montagne majestueuse, avant de comprendre qu'il s'agit du rocher du zoo de Vincennes, que vous connaissez, j'en suis sûre. L'oeuvre est tout à fait caractéristique du travail de cet artiste qui s'amuse beaucoup semble-t-il à jouer avec les échelles et à nous balader entre images de rêve et monde du factice, de l'illusoire, ce monde de parc d'attraction et de carton pâte si superficiel et pourtant faisant complètement partie de l'imagerie contemporaine.
Deux très belles oeuvres clôturent l'exposition avec maestria : "kamiyama" de Charles Lopez, une structure en polystyrène et photocopie qui reproduit une chaîne de montagnes avec beaucoup d'humour et une facilité qui n'est qu'apparente, et une très belle photographie de Vincent J. Stocker dont le format et la précision sont bluffantes. Le propos de cet autodidacte n'en est pas point intéressant dans sa réflexion sur le lieu et le non-lieu, ces espaces vacants, friches industrielles ou hôpitaux désaffectés qui sont si présents dans la ville et dont le spectacle de la ruine que tente de capturer l'artiste nous parle finalement de notre Histoire, de ses crises, des changements successifs et bien sûr d'une immense fragilité.

Charles Lopez bénéficiera également d'une exposition personnelle à la galerie en 2012, pour le plus grand bonheur des amateurs, qui avaient pu remarquer l'oeuvre en néon "D'ailleurs on ne bluffe pas avec un soleil" dans une précédente exposition collective à la galerie, "Comment dire" en mars dernier et que j'avais beaucoup aimée.
“Paysages”
Véronique Ellena , Guillaume Janot , Guillaume Linard-Osorio , Charles Lopez , Marlène Mocquet , Vincent J. Stoker
jusqu'au 23 juillet 2011
Galerie Alain Gutharc
7 rue Saint-Claude
du mardi au samedi 11h - 19h
http://www.alaingutharc.com/
Surprise! une autre galerie consacre actuellement une exposition sur le paysage! Eric Mircher présente un nouvel accrochage de "Tragique du paysage" que je n'ai malheureusement pu visiter, étant trop matinale.
Tragique du paysage
jusqu'au 30 juillet
Galerie Eric Mircher
26 rue Saint Claude
du mardi au samedi 12h-18h
A la galerie Sémiose, rue Chapon, Amélie Bertrand, à l'affiche de l'exposition "L'avenir du paysage", ouvre l'accrochage avec une très grande peinture colorée qui prend comme prétexte un château fort pour nous parler avec une certaine radicalité du vrai sujet qui l'intéresse : la peinture. Très jeune artiste (elle est née en 1985), découverte au Salon de Montrouge en 2009, Amélie Bertrand représente des paysages très définis et faciles à reconnaître malgré leur étrangeté et qui peuvent être assimilés à des friches industrielles ou a des espaces urbains marginalisés, qu'elle évide méticuleusement de leur contexte pour qu'ils ne deviennent qu'un simple référent.

L'exposition présente également plusieurs oeuvres de Piero Gilardi, artiste né en 1942 (et qui a quand même exposé, entre autres chez Ileana Sonnabend dans les années 60 et chez Sperone Westwater, ainsi que dans de nombreuses institutions!), dont deux sculptures imposantes et des dessins étonnants, que j'ai trouvés très beaux. Dans les deux, l'artiste poursuit son corps à corps avec une nature (très) artificielle, au fini parfait et aux couleurs acidulées.
Evidemment, il ne faut pas manquer Laurent Le Deunff, dont on entend beaucoup parler. Il est rare d'aimer chaque nouvelle oeuvre d'un artiste. C'est mon cas avec Le Deunff. Je l'ai adoré à Dynasty. L'éléphant . Le crâne. Les oeuvres présentées à la galerie sont superbes, particulièrement cet os en plâtre.
On découvre également quelques oeuvres de Taroop & Glabel, dont la radicalité salvatrice du propos s'exprime sur de nombreux supports et via de multiples expressions. Je n'ai pas noté qui était l'auteur de ce grand panneau disant "L'avenir du paysage : un parc d'attraction bâti sur un charnier" que je trouve fantastique.
Sont présentées également les oeuvres de Julien Tiberi, représenté précédemment par RLBQ et La Blanchisserie, qui a bénéficié en mai dernier d'une exposition personnelle au Palais de Tokyo, dans un des modules et dont le style très passéiste est passionnant. D'ailleurs, il faut saluer l'univers très personnel, hors de toute mode, de celui-ci mais aussi de Guillaume Dégé et d'André Raffray.
Né en 1967, Guillaume Dégé serait donc un artiste contemporain. Pourtant, loin d'être un témoin de son époque, il a préféré s'en imaginer un tout autre, une sorte d'univers utopique qu'il lui convient mieux et dont il serait le héros, qu'il représente dans des dessins précis et étranges aux couleurs souvent étonnantes.
J'avoue avoir adoré l'oeuvre d'André Raffray présentée à l'entrée. Je ne connaissais pas ce contemporain de Duchamp, grand admirateur de ce dernier. André Raffay est connu pour "recommencer" les tableaux de maîtres qu'il admire, en se rendant sur place et en les traduisant de nouveau d'abord à la peinture à l'huile puis au crayon de couleur. Cette démarche de reproduction est vraiment passionnante et le résultat très beau.

L'avenir du paysage
Amélie Bertrand, Guillaume Dégé, Piero Gilardi, Jacques Julien, Laurent Le Deunff, Robert Morris, André Raffray, Taroop & Glabel et Julien Tiberi
jusqu'au 30 juillet
Galerie Sémiose
54 rue Chapon
mardi - samedi 11h - 19h
http://www.semiose.com/

































